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Sources :
Immobilier américain, la crise risque de s’aggraver, Le Monde du 19/09/07, par Maguy Day et Isabelle Rey-Lefebvre
Quand la finance prend le monde en otage, le Monde Diplomatique de septembre 2007, par Frédéric Lordon, Economiste
Wikipedia France, le portail de la finance, page dédiée à la titrisation, http://fr.wikipedia.org/wiki/Titrisation
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Immobilier américain : Crime financier & Châtiment
L’ampleur du désastre qui menace les Américains ayant voulu s’acheter une maison, grâce aux formidables offres de prêts des banques
2,5 millions d’Américains ont souscrit un emprunt à risque. 1,5 ne pourront pas rembourser ; tous vont souffrir de l’élévation automatique des taux variables. Les ménages seront les premiers concernés, mis en faillite personnelle, devant vendre leur maison, mais dans le sillage c’est le système bancaire et l’économie en générale qui sera affectée.
Une analyste de Natixis explique : « En 2004, mais surtout en 2005 et 2006, la vente de crédits à risques s’est multipliée, allant jusqu’à représenter 20% de la production globale de crédit immobiliers ». Un cabinet a calculé que plus d’un de ces ménages sur deux verra une augmentation de ses mensualités de 25%, et un sur quatre de 50%.
Pour donner un ordre d’idée, il faut parler du rôle du taux directeur, c’est à dire du coût de l’argent au jour le jour, fixée par la réserve fédérale américaine. En 2004 il était de 1%, en ce moment, il est à 5,25%
La responsabilité des banques
Elle est de plusieurs ordres ; d’une part morale, puisque les banques ont déployé des trésors d’ingéniosité pour mieux berner les emprunteurs particuliers. Un système ingénieux leur est proposé : un taux minimaliste très attractif de 1 à 3% les deux premières années, et une réévaluation du taux variable les 20 ou 30 années suivantes. Frédéric Lordon nous rappelle que « Même si on ne peut pas rembourser, se disent ménages et banques, on revendra la maison avec plus-value pour les uns et commission pour les autres. Et puisque, sur la foi de la croissance indéfinie du marché, tout le monde finit par être déclaré apte (à emprunter), les robinets du crédit sont maintenus grands ouverts, et la hausse spéculative ainsi nourrie semble donner raison ainsi à tous. » D’après la Bank of America, 400 milliards de dollars (!!) issus de ces fameuses « subprimes » vont être réévalués dès l’année prochaine. La moitié des emprunts ne sera pas remboursée. Mais les banques n’acceptent plus de renégocier les emprunts en taux fixe (mois de la moitié ont été revus dans ce sens). Donc il faut vendre, sur un marché où les maisons vides vont affluer, et où il n’y aura pas pour autant miraculeusement plus de gens solvables pour acheter. Les prix s’effondrent déjà.
D’autre part, leur responsabilité est d’ordre économique, puisque les répercussions vont s’étendrent à d’autres secteurs. Et pour le moins leur responsabilité est idéologique (certes, le terme prêterait à rire), car quant on chante les bienfaits et le dynamise d’un système financier libéral avec le moins d’intervention de l’Etat possible, et qu’on se tourne justement vers la banque centrale pour crier à l’aide, ce n’est pas le quolibet de tourne casaque qu’on mérite, c’est celui de sinistre inconséquent criminel.
L’onde de choc sur le système bancaire
Pour se débarrasser de créances douteuses, les banques s’en débarrassent sous forme d’obligations sur les marchés financiers. Mais voilà, plus personne n’en veut. Les banques sont donc contraintes de conserver ces créances pas jolies dans leurs bilans, et d’augmenter conséquemment leurs provisions. La conséquence : le renchérissement du coût du crédit, et ce, pour tout le monde, tous secteurs économiques confondus.
Un devoir : ne pas se laisser endormir
Depuis les années 80, les crises financières et boursières se suivent et se ressemblent, tout les 3-5 ans, on y a droit. Frédéric Lordon n’hésite pas à dénoncer la posture de Pierre Antoine Delhommais, auteur de colonnes « Analyses » dans Le Monde, qui a parlé de « mondialisation heureuse mais heurtée ». Va donc expliquer ça aux personnes endettées, et à celles qui vont perdre leur boulot. Frédéric Lordon, lui, parle autrement quand il évoque « l’ébriété financière » ou les « enchaînements fatals de la spéculation libérée ». Ceci n’empêche pas, bien entendu, les gouvernements d’Europe et des Etast-Unis, de nous rassurer car il ne s’agit que d’un petit incident, pas grave, restons calmes. En somme, il ne s’agit que d’une poignée de financiers schizo, avides de nouvelles lignes de crédits dans les portefeuilles de leurs gentils courtiers, qui assèchent au final les comptes de la planète…mais pas les leurs.
Dans les années 20, Charles Ponzi était un escroc qui attirait des gogos avec des produits financiers à rendements paradisiaques, et, ne disposant d’aucune provision ou rendement d’aucune sorte, devait sans cesse réalimenter son vivier de gogos pour honorer ses engagements auprès des premiers. Finalement, nous ne sommes pas loin de ce cas de figure, puisque les emprunteurs solvables, dans le cas de la crise des subprimes, n’existent pas ou peu.
Frédéric Lordon poursuit ainsi son analyse : quelles sont les causes du krach ?
1 les tendances « Ponzi » de la spéculation
2 une analyse des risques défaillante, voire inexistante
3 la précipitation du retournement du marché suite à une modification a priori insignifiante
4 une réévaluation fait dans l’urgence
5 la contagion à d’autres secteurs
6 l’onde de choc encaissée par les banques exposées
7 le risque d’un effondrement entraînant une récession globale
1 les tendances « Ponzi » de la spéculation
Le mécanisme haussier des marchés est souvent le même : il faut un afflux soutenu de liquidités pour maintenir la hausse. Le risque apparaît dès lors que l’on parle d’enrôlement de la hausse. « Ce sont des agents de plus en plus ordinaires, donc de moins en moins avertis, mais de plus en plus nombreux qui sont invités (…) ». Ainsi se constitue la poussée de l’emprunt hypothécaire. La catégorie des « mortgage subprimes » se compose essentiellement d’emprunteurs faiblement solvables.
2 une analyse des risques défaillante, voire inexistante
Pour répondre au risque, le mieux est de se défausser. Pour ce faire, les banques prêteuses ont eu recours à la « titrisation », c’est-à-dire le fait de « packager » divers crédits en obligations (1), lesquelles sont négociables sur les marchés financiers et vendues aux investisseurs et investisseurs institutionnels, c’est-à-dire d’autres banques (2). Elles disparaissent ainsi du bilan des banques, lesquelles vont donc pouvoir générer de nouveaux crédits qui peuvent être, à nouveau, titrisés. Les titres de dérivés de crédits sont fondues dans des portefeuilles qui vont comporter différentes classes de titres, présentant chacune des risques hétérogènes, à faible risque, ou fort risque. Les porteurs de ces titres adossés à des crédits, sont nombreux, et fluctuants, d’où la perte d’une vision d’ensemble du risque sur spécifiquement ce genre de crédits. « Là où la banque génératrice faisait face seule au défaut de paiement d’un de ses prêts, non seulement elle en est maintenant totalement débarrassée, mais les conséquences en sont fragmentées en une myriade d’investisseurs dont chacun n’assument qu’une part tout à fait minime, diluée dans l’ensemble de son portefeuille.» . Ces obligations titirisées, dites aussi « RMBS » pour Residential Mortgage Backed Securities, vont elle-même être à leur tour « titrisées », notamment sur leur partie la plus risquée, et diluées dans un nouveau portefeuille, comportant des tranches à leur tour « sûres », qui soustrait leur porteur des premiers 20 ou 30% de défaut de crédit, et des tranches plus « défaillantes », appelées dans le jargons financier « toxic waste », des produits qui « élèvent en quelque sorte le risque au carré (…) ». Les hedge funds, ou fonds spéculatifs, sont friands de ce type de produits, très rémunérateurs.
Le système peut marcher, entraînant sa propre hausse, sauf en cas de défaut de paiement massif, ce qui finit inévitablement par arriver si les agences de notation des produits financiers n’ont pas sérieusement évalué les risques, la solvabilité des emprunteurs, la valeur réelle des biens gagés (ici, des maisons hypothéquées) pour couvrir le risque de non paiement. Selon Frédéric Lordon, « la dispersion des risques par les opérateurs de titrisations empilées a fini par faire croire qu’ils n’existaient plus ». En effet, le cash flow, quoi qu’il en soit, est toujours assuré par les emprunteurs initiaux, donc les ménages endettés.
3 la précipitation du retournement du marché suite à une modification a priori insignifiante
Le relèvement d’intérêt de la réserve fédérale semble insignifiant, mais il a pour conséquence, à l’autre bout de la chaîne, le passage de mensualités de l’emprunt de 414 à 691 dollars d’une emprunteuse que cite Lordon. Deux événements aux Etats-Unis ont donné le signal d’alarme. D’une part, la banque d’investissement Bear Stearns a fermé deux fonds dynamiques, dans lesquels les trop nombreux CDO (Collateralised Debt obligation, c'est-à-dire des obligations titrisées d’obligations de crédits elles-mêmes titrisées) ont fait faillite. D’autre part, le courtier immobilier American Home Mortgage Investment, pourtant non réputé pour être engagé dans les subprimes, a fait banqueroute.
4 une réévaluation fait dans l’urgence
Une partie majeure du problème vient du fait que les agences de notation n‘ont pas correctement évalué les risques de ces CDO et RMBS. Même les tranches supposées « sûres », sujettes à moindre risque, des portefeuilles en question, sont potentiellement surestimées. Les agences de notation tirent une grande partie de leurs bénéfices des banques émettrices de ces actifs. Une notation défavorable peut donc impacter le chiffre d’affaires. Alors qu’une tendance haussière entraîne de nouvelles émissions d’obligations, et donc de nouvelles notations. En somme, là où les agences de notation devrait avoir un rôle « contracyclique » de régulation des titres émis sur les marchés, elles ont adoptées une attitude « procyclique », accompagnant la hausse des marchés, et inversant la tendance lorsque les marchés commencent déjà à paniquer largement. Le gros de la bulle spéculative va prochainement émerger. 2005 a été l’année ou les subprimes ont été le plus libéralement distribuées, grâce aux « teasing rates », selon la loi des 2-28 ; les deux premières années à taux attractif, les 28 suivantes au taux fort.
5 la contagion à d’autres secteurs
Si le marché hypothécaire délirant est essentiellement celui des Etats-Unis, la mondialisation de la finance a fait que les obligations adossées sur ces crédits ont-elles été négociées sur les marchés mondiaux. En Allemagne, la banque IKB a fait faillite, après s’être trop exposée aux subprimes. Le 9 août 2007, la BNP ferme trois de ses fonds dynamiques. Un communiqué de la BNP expose ainsi la raison : « la disparition sur certains segments du marché de la titrisation aux Etats-Unis conduit à une absence de prix de référence, et à une illiquidité quasi-totale des actifs des fonds, quelle que soit leur qualité ». Lorsque les fonds d’actifs commencent à être vendus en masse, du fait des premiers défauts de paiement, toutes les tranches du fonds, mêmes celles réputées les plus sûres, sont impactées. Les actifs, censés être négociables, de fait ne le sont plus, et ne peuvent plus être estimés en fonction d’un prix de référence. La contagion de la suspicion touche aussi le secteur de la private equity – le rachat d’entreprises restructurées et revendues avec plus-values – car des abus y ont aussi été commis. Ces fonds d’investissement connaissent un grand succès, car les opérations sont très rémunératrices. Les banques se sont donc précipitées pour le financer. Or, ces fonds ne se financent pas avec leurs capitaux propres, mais empruntent. Par exemple, les prêts « covenant lite » sont attribués, sans respect des ratios financiers habituels. D’autres prêts, tels les PIK (Payment in kind) ou IOU (I owe you) sont amenés à être remboursés, principal et intérêts, en supplément de dette. « par un effet d’amalgame typique des marchés financiers, la soudaine révélation des risques dans un secteur suscitent des interrogations dans un autre, où l’euphorie a, à peu près, autant dégénéré » souligne Lordon.
6 & 7 l’onde de choc encaissée par les banques exposées et le risque d’un effondrement entraînant une récession globale
Les banques sont contraintes de maintenir des ratios de solvabilité. Or, elles doivent inclurent dans leur provisions les pertes subies, contracter leurs crédits en fonction de leurs capitaux entamés par les provisions. Le crédit sera donc plus rare, plus cher, et pour tout types d’emprunteurs, particuliers ou entreprises, quel que soit l’objet de l’emprunt.
En conclusion, je reprendrai juste la remarque de l’auteur de l’article : « ils ont maintenant fière allure les héros de la finance. Modernes et arrogants quand les marchés étaient haussiers, les voilà, tel le juge de Brassens face au gorille, « criant maman, pleurant beaucoup », et se jetant dans le giron de la mama étatique qu’ils vomissent quand la fortune leur fait lâcher toutes les vannes de la régurgitation idéologique. Certes la banque centrale, priée de venir les tirer de la déconfiture en baissant ses taux pour restaurer la liquidité générale n’est pas l’état lui-même, mais elle est le pôle public, le hors-marché abhorré quand les profits coulent à flots,supplié quand il fait mauvais temps. »
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Notes :
(1) obligation : un titre de créance qui peut être cédé et côté en Bourse. Lors de levées de fonds, entreprises commerciales, banques, collectivités, trésors publics, émettent des obligations. Les bons sont généralement émis avec une échéance de 5 à 7 ans. Elle donne droit au remboursement de la valeur nominale de l’action à échéance plus intérêts jusqu’à échéance. OPCVM et contrats d’assurance-vie sont des portefeuilles constitués de diverses obligations.
(2) voir article sur Wikipedia consacré à la titrisation : http://fr.wikipedia.org/wiki/Titrisation
voir également sur ce blog, dans la thématique Finance internationale, un résumé de cet article
voir l’article de Frédéric Lordon sur le site internet du Monde Diplomatique, et le blog de l’auteur présentant ses propositions sur http://blog.mondediplo.net/En-Débat-
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