A l'heure des annonces de plans de sauvetage du système financier international, il est plus que nécessaire de rappeler les enjeux fondamentaux de l'équilibre et de la justice dans le monde. Dans cet article, nous posons la question : pourquoi nos dirigeants parviennent-ils à lever des milliers de milliards de dollars et d'euro pour les banques, alors qu'ils n'ont pas levé une seule dizaine de milliard de dollars pour répondre au problème de la faim dans le monde ? Mais avant de tenter de répondre à cette question, voici en 3 points un rappel :
l'article 25 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée en 1948, stipule que «toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation...»
Plus de 850 millions d'hommes et de femmes ne mangent pas à leur faim.
En France, quelques 2, 5 millions de personnes ont recours chaque année à l'aide alimentaire.
M Antonio Guterres, du Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations Unies, lors d'un récent sommet à Bagdad, a déclaré : "Je ne demande pas les mêmes sommes d'argent pour l'action humanitaire que celles qui ont été dépensées, ou du moins mises à disposition, pour sauver le système financier international, mais nous devrions au moins témoigner du même engagement pour sauver les gens que pour sauver le système financier". Son intervention fut relayée par l'AFP, et reprise dans bon nombre de média. Arrêtons-nous quelques instants sur ce fait.
M Guterrez pose une question que bon nombre de personnes se sentant des citoyens du monde se posent en écho. Comment peut-on décemment rendre prioritaire un problème ponctuel, celui de la crise financière et économique que nous traversons, et ignorer depuis des années un problème endémique : celui de la pauvreté et de la faim, si ce n'est par cynisme ? Il est nécessaire de répondre aux besoins de la stabilité économique dans le monde, en s'attaquant au premier chaînon de la question : la pauvreté. Les bulles financières et les questions de régulation des marchés financiers (qui, comme évoqué dans le post « Plus de régulation sur les marchés financiers : un faux débat » sur ce blog, sont un écran de fumée) apparaissent bien secondaires quand on les met en parallèle avec les 850 millions de personnes souffrant de faim, disette, ou malnutrition dans le monde. Mais c'est toute la question de l'équilibre économique, et donc de répartition des richesses, qui est posée (voir également le post « La famine on s'en fout, sauvons plutôt les banques » sur ce blog).
Pourquoi voit-on des paysans dans des régions agricoles africaines, asiatiques, d'Amérique latine, d'Europe, censés nourrir la planète, ne pas être en mesure de se nourrir eux-mêmes, sauf peut-être, dans les régions riches du globe seulement, à la condition d' être subventionnés ?
Dans un entretien paru dans le supplément économie du Monde, le 13 juin 2002, le prix Nobel d'économie Amartya Sen, donne des éléments de réponse.
En premier lieu, il précise que la faim n'est pas forcément liée à la production alimentaire, mais avant tout à la pauvreté. Il donne pour preuve la chute du prix des denrées de première nécessité de plus de la moitié de leur valeur par rapport aux denrées non alimentaires, avant de connaître, au 1er semestre 2008, une hausse soudaine et brutale, sur laquelle il nous faudra revenir dans un prochain post. Ce qui restreint la demande alimentaire est la baisse ou l'absence, de revenu, explique M Sen, qui note en outre que les graves crises alimentaires surviennent essentiellement dans les pays non démocratiques. En effet, l'existence d'une opposition politique nécessiterait une réaction d'un gouvernement en place qui se sente responsable, et obligé d'agir dans le sens d'une améioration des conditions de vie de la population, pour rpévenir le risque de destitution.
Les pays riches installés dans des systèmes démocratiques pourraient cependant faire beaucoup pour remédier au problème de la faim dans le monde, en cessant de soutenir des régimes totalitaires, en Afrique notamment, ou toute partie du globe où les enjeux géostratégiques (ressources naturelles) dictent le plus souvent les politiques étrangères. Autre politique incriminée : le protectionnisme. La faim est bien souvent la conséquence d'un manque de revenus. Or les pays riches tendent à restreindre l'accès sur leurs marchés aux produits en provenance des régions pauvres.
Amartya Sen souligne encore qu'après les attentats du 11 septembre 2001, on a vu se construire un réseau de collaboration inter-états pour lutter contre le terrorisme. Mais existe-il un équivalent pour lutter contre la pauvreté, l'analphabétisme, et la faim dans le monde ? Pas à notre connaissance.
La libéralisation des échanges
Pour Amartya Sen, « il ne faut pas mener une politique à partir de simples slogans ». Si certains pays, comme la Chine, ou la Corée du Sud, ont tiré parti de la libéralisation des échanges, il faut rappeler que ce n'est pas sans avoir au préalable passé par une phase de protectionnisme sur le plan intérieur. Nous pensons pour notre part qu'une libéralisation des échanges ne peut avoir lieu sans conséquences désastreuses entre acteurs qui ne sont pas égaux en force économique et de production. Ceci ne peut conduire qu'à une dégradation des termes de l'échange, et un accroissement des inégalités nord/sud.
Pour reprendre les terme de M Sen, « la question exige que soient prises des mesures politiques qui encouragent l'instauration et la consolidation de gouvernements démocratiques, avec un soutien à des élections multipartites, des débats publics ouverts, l'élimination de la censure de la presse (...) ».
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